Afin de préparer la conférence « Isis l’Alchimiste », qui vous plongera aux débuts de l’alchimie gréco-égyptienne, je reproduis ici la traduction par Marcellin Berthelot de la Lettre d’Isis à son fils Horus, publiée à la fin du XIXe siècle et qui servira de texte de référence à cette présentation.
Isis, la prophétesse à son fils Horus
« Tu devais t’éloigner, mon enfant, et aller combattre contre l’infidèle Typhon, pour le trône de ton père. Moi-même, m’étant rendue à Hermonthis, ville où l’on cultive l’art sacré de l’Égypte, j’y ai passé un certain temps.
D’après le cours des circonstances et la révolution nécessaire du mouvement des sphères, il arriva que l’un des anges qui résident dans le premier firmament, m’ayant contemplée d’en haut, voulut s’unir à moi. Il s’avança, se disposant à en venir à son but ; mais je ne lui cédai point, voulant apprendre de lui la préparation de l’or et de l’argent.
Comme je l’interrogeais là-dessus, il me dit qu’il ne lui était pas permis de s’expliquer à cet égard, vu la haute importance de ces mystères, mais que le jour suivant il viendrait un ange plus grand, l’ange Amnaël, et celui-là serait en état de me donner la solution de la question.
Et il me dit que celui-là porterait un signe sur sa tête et qu’il me montrerait un petit vase non enduit de poix, rempli d’eau transparente. Il (ne) voulut (pas) révéler la vérité.
Le jour suivant, lorsque le soleil était au milieu de sa course, apparut l’ange Amnaël, plus grand que le premier ; pris du même désir à mon égard, il descendit vers moi. Il ne resta pas immobile, mais se rendit en hâte au lieu où je me tenais ; et moi, je ne cessai pas de m’informer de la question.
Et comme il tardait à me répondre, je ne me livrai point, mais je contins son désir jusqu’à ce qu’il m’eût fait voir le signe qu’il avait sur la tête et qu’il m’eût transmis sans réserve et avec sincérité les mystères que je cherchais.
Enfin, il me montra le signe et commença la révélation des mystères ; proférant des serments, il s’exprima ainsi :
« Je te le jure par le ciel, la terre, la lumière et les ténèbres ; je te le jure par le feu, l’eau, l’air et la terre ; je te le jure par la hauteur du ciel, par la profondeur de la terre et du Tartare ; je te le jure par Hermès, par Anubis, par les hurlements du Kerkoros, par le serpent qui garde le temple ; je te le jure par le bac et par le nocher de l’Achéron ; je te le jure par les trois Nécessités (Parques), par les Fouets (Furies), par l’Épée. »
Après tous ces serments, il me demanda de ne rien communiquer à qui que ce fût, excepté à mon fils chéri et légitime, afin que toi-même tu fusses lui et que lui fût toi.
Ainsi donc, observe en passant, interroge l’agriculteur Acharantos et apprends de lui quelle est la semence et quelle est la moisson, et tu sauras que celui qui sème le blé récolte du blé, que celui qui sème de l’orge récolte de l’orge.
Quand tu auras, mon enfant, entendu ces choses par manière de préambule, considère-en toute la création et la génération, et sache que l’homme sait engendrer l’homme, le lion engendre le lion, et le chien engendre le chien.
S’il arrive qu’un être soit produit contrairement à la nature, c’est un monstre qui est engendré et il n’a pas de consistance.
La nature charme la nature, et la nature triomphe de la nature.
Les adeptes ayant participé à la puissance divine, et ayant réussi par l’assistance divine, éclairés par l’effet de la demande d’Isis (5), firent des préparations avec certains minerais métalliques, sans se servir d’autres substances non convenables.
Ils réussirent ainsi, au moyen de la nature substantielle, à triompher de la matière employée dans la préparation.
En effet, de même que j’ai dit précédemment que le blé engendre le blé et que l’homme sème l’homme, de même aussi l’or sert à la moisson de l’or et, généralement, le semblable à celle de son semblable.
Maintenant le mystère a été révélé. »
La suite du traité donne un ensemble de recettes opératoires, sans incidence sur le propos reproduit ici.
Lettre d’Isis à son fils Horus
Traduction française d’après Marcellin Berthelot et Charles-Émile Ruelle, Collection des anciens alchimistes grecs, Paris, Georges Steinheil, 1887-1888.
Texte dans le domaine public.
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