Le baron de Tschoudy (ou Tschudi), dont les sources donnent plusieurs graphies et des dates de naissance divergentes, occupe une place singulière dans l’histoire maçonnique francophone du XVIIIᵉ siècle. Magistrat messin, pamphlétaire, voyageur, acteur de réseaux européens jusqu’à la Russie, il est aussi rattaché — par ses ouvrages imprimés et des fonds d’archives — à la question des hauts grades et à un corpus rituel publié plus tard sous son nom, parfois qualifié « d’alchimique ».
Identité, graphies et dates
Les sources emploient indifféremment Tschoudy, Tschudy ou Tschudi.
Sur la chronologie, la divergence est nette car des notices donnent 1727 (Metz)
comme date de naissance, tandis que d’autres mentionnent 1724 (?), et des
répertoires maçonniques plus anciens (ou compilations) ont aussi retenu 1720.
La date de décès, elle, est fréquemment donnée comme le 28 mai 1769, à Paris.
Sur l’origine familiale, plusieurs synthèses indiquent une famille
d’origine suisse installée de longue date en France.
Ancrage messin et premiers repères maçonniques
Au plan institutionnel, Tschoudy est régulièrement qualifié
de conseiller au Parlement de Metz dans les travaux qui le citent au titre de
sa carrière civile.
Du point de vue maçonnique, une étude universitaire consacrée aux francophones
dans la maçonnerie russe rappelle qu’il est « Maître en chaire » de
la Loge Ancienne de Metz en 1750, puis Vénérable de cette loge, avant d’être membre
et Maître de Saint-Jean de l’Amitié de Saint-Étienne (Metz) ; elle précise
aussi qu’il préside en 1765 la Loge Provinciale de Metz.
Un autre indice, de nature archivistique cette fois, est
l’existence d’un ensemble décrit comme « Metz. Loge du Baron de Tschoudy.
Registre du Collège des Parfaits Grands Écossais de Saint-André », qui
atteste la présence de son nom dans des fonds maçonniques conservés.
1752 : pseudonyme et publications polémiques
Plusieurs notices biographiques indiquent qu’il voyage en
Italie sous un nom d’emprunt, couramment donné comme « chevalier de Lussy »,
et situent en 1752, à La Haye, la parution de deux textes polémiques : L’Étrenne
au Pape (réponse à la bulle de Benoît XIV) et Le Vatican vengé
(présenté comme une apologie ironique).
Ces jalons de bibliographie imprimée comptent parmi les
repères les plus stables de sa trajectoire. En effet, ils sont régulièrement rappelés
dans les synthèses qui présentent Tschoudy comme un auteur engagé dans les
controverses autour de l’Art Royal et de ses condamnations ecclésiastiques.
Séjour en Russie : réseaux, fonctions et presse
francophone
Le passage par la Russie est documenté par des travaux de
recherche où il est indiqué qu’il est proche d’Ivan Chouvalov, publie en 1754
à Amsterdam Le Philosophe au Parnasse françois dédié à Chouvalov, et
qu’il lance en Russie Le Caméléon littéraire, présenté comme la première
revue française non officielle du pays. Il rédige aussi un Mémorial relatif aux
méthodes d’éducation, en lien avec le Corps des pages, et quitte la Russie en
1760.
Sur Le Caméléon littéraire, des répertoires
spécialisés de la presse francophone au XVIIIᵉ siècle donnent un cadre précis. Il s'agit d'un périodique hebdomadaire, publié à Saint-Pétersbourg du 5 janvier au 14 décembre
1755, pour un total de 49 numéros.
« L’affaire Tschudi » : un dossier diplomatique
identifié
Au-delà des notices biographiques, le nom de
Tschudi/Tschoudy est également attaché à un travail académique de grande
ampleur : « L’affaire Tschudi », publiée sur Persée, qui traite
explicitement d’un épisode de diplomatie secrète entre la France et la Russie
au milieu du XVIIIᵉ siècle, avec documents. Il aurait même été embastillé avent
d’être libéré.
Ouvrages maçonniques imprimés et insertion dans la
question des hauts grades
La bibliographie de Tschoudy est fréquemment rattachée à « L’Étoile flamboyante, ou la Société des francs-maçons considérée sous tous les aspects », souvent datée de 1766 dans les synthèses.
Des inventaires bibliographiques et catalogues de livres anciens mentionnent
des éditions/reprises sous des adresses d’éditeur « imaginaires »
(pratiques fréquentes au XVIIIᵉ siècle) et confirment la circulation du titre.
Pour ce qui concerne les hauts grades, plusieurs sources
(selon des niveaux d’autorité variables) associent son nom à des structures,
chapitres ou systèmes ; il fonde ainsi un Chapitre Saint-Théodore et un nouveau
système maçonnique.
Par ailleurs, des sources de vulgarisation historique et des travaux sur les
sociabilités maçonniques du XVIIIᵉ siècle le qualifient de franc-maçon « d’envergure
européenne », actif de Metz à Saint-Pétersbourg et Naples, dans un
contexte de forte efflorescence des grades.
Des rituels publiés sous son nom, parfois qualifiés «
alchimiques »
Enfin, il existe dans l’édition moderne et les catalogues,
un corpus rituel publié sous son nom et explicitement présenté comme des « grades
alchimiques » (formulation éditoriale). Ces publications apparaissent
notamment sous le titre Rituel des grades alchimiques du baron Tschoudy,
référencé par des catalogues spécialisés et libraires.
Le nom de Tschoudy est ainsi à l’origine, au sens
bibliographique et traditionnel, d’un ensemble de rituels publiés et diffusés
sous son attribution, et désignés dans l’édition contemporaine comme « grades
alchimiques » ou « rituels alchimiques de Tschoudy ».
Conclusion
Personnage à la fois messin et européen, Tschoudy/Tschudi se
laisse saisir par quelques repères solides : des publications datées
(1752, 1755, 1766), des travaux savants (notamment sur « l’affaire Tschudi »)
et des traces archivistiques (fonds maçonniques). À cela s’ajoute une postérité
éditoriale singulière : la mise en circulation, sous son nom, d’un corpus de
rituels que l’édition moderne qualifie volontiers « d’alchimiques ».
Alain Mucchielli
Bibliographie
- Dictionnaire des journalistes (1600-1789), notice Le Caméléon littéraire.
- BnF, Archives et manuscrits : mention de « Metz. Loge du Baron de Tschoudy… » (fonds FM4).
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