27 août 2026

Considérations sur la palingénésie

La palingénésie est un concept retrouvé fort souvent dans les écrits alchimiques.

Homunculus, gravure du XIXe siècle illustrant Faust (Goethe)
Gravure du XIXe siècle de l’homunculus selon le Faust de Goethe

Mais qu’en est-il ? Le mot est forgé à partir du grec palin, qui signifie « en sens inverse, en rebroussant chemin, à rebours, en arrière », et génésis, qui signifie « force productive, cause, principe, origine, source de vie », d’où « production, génération, création ». Pour aller plus loin, palin se retrouve en français dans palindrome, littéralement « courir à rebours », qui est une figure de style désignant un mot ou une phrase dont la séquence de lettres reste la même, qu’on les lise de gauche à droite ou de droite à gauche. Le palindrome est la raison pour laquelle la date du 20 février 2002 fut choisie pour l’inauguration du parc Vulcania. Mais ceci est une autre histoire…

La palingénésie n’est donc pas la métempsychose, qui est le passage, le transvasement d’une âme dans un autre corps, qu’elle va animer. Mais encore faut-il définir le mot « âme ». Psuchê, en grec, signifie « souffle de vie », donc « vie » et « âme », mais aussi « intelligence », car l’âme est le siège de l’intelligence. Très élégamment, comme toujours avec les Grecs, psuchê signifie aussi « papillon », symbole de l’immortalité de l’âme à cause de la transformation de la chenille ou de la chrysalide en papillon puis du papillon en chrysalide ou en chenille. Ce qui nous permet de revenir à la palingénésie.

La palingénésie ne se confond pas entièrement avec la résurrection. La résurrection affirme le retour à la vie du même être, tandis que la palingénésie désigne plus largement une régénération ou une reconstitution. Dans son acception alchimique, elle suppose généralement une destruction apparente de la substance, par calcination ou putréfaction, suivie de la réapparition de sa forme à partir de ses résidus.

La palingénésie se rapproche un peu de la métensomatose, formée sur le grec méta/en/soma, littéralement « ensuite dans le corps », avec une idée de passage d’un corps à un autre. Mais, là encore, il est nécessaire de préciser l’élément qui « passe » : si, dans la métempsycose, on suit l’âme qui passe d’un corps à l’autre, dans la métensomatose, on insiste sur sa réincorporation dans un nouveau corps.

Mais il ne s’agit pas non plus de renaissance, qui implique une « seconde » naissance mais ne dit pas à partir de quoi, ni d’une réincarnation, puisque, dans ce cas-là, le « retour » s’effectue dans un autre corps. Ainsi, dans une renaissance bouddhique, l’être ultérieur n’est rigoureusement ni le même individu ni un individu absolument sans rapport avec le précédent : il en est la conséquence causale, sans qu’une âme ait voyagé de l’un à l’autre. En effet, dans le bouddhisme, il n’existe pas d’âme permanente — doctrine de l’anātman. Ce qui relie deux existences est alors une continuité causale : les actions produisent des effets et modifient le courant psycho-physique ultérieur, sans qu’une substance personnelle identique soit transférée. On parle parfois de karma.

En alchimie, la palingénésie suppose que la forme visible est détruite, notamment par calcination, tandis qu’un « principe séminal » supposé indestructible est censé subsister dans les résidus et permettre la réapparition de cette forme. Ainsi en est-il dans certaines descriptions du phénix, qui « renaît » de ses cendres, parfois d’un « œuf » ou d’un « ver », selon les versions multiples et variées. À ne pas confondre avec la salamandre qui, elle, résiste au feu du fait de son incorruptibilité.

Et notre maître Hiram, alors ?

Cet Hiram-Abi, bronzier et maître fondeur auquel Salomon confia les grands ouvrages métalliques et ornementaux du Temple, ce que nous précise bien le rite philosophal® ?

Hiram n’est pas véritablement ressuscité : dans la légende proprement dite, Hiram est assassiné, son corps est retrouvé, relevé de la tombe puis enseveli plus dignement. Il demeure mort, en quelque sorte. Le relèvement du cadavre n’est donc pas une résurrection au sens strict. Les anciens récits rituels précisent d’ailleurs que le corps est transporté afin d’être réinhumé.

Métempsycose et métensomatose doivent être écartées : rien dans le mythe ne dit que l’âme d’Hiram quitte son cadavre pour venir habiter le corps du nouveau Maître. Le candidat représente Hiram ; il ne devient pas son incarnation.

Peut-on parler de palingénésie ?

Oui, particulièrement dans une lecture alchimique et une interprétation symbolique. Le processus présente plusieurs caractères palingénésiques :

  • destruction de la forme antérieure ;
  • séjour dans la mort et la corruption ;
  • conservation d’un principe figuré notamment par l’acacia ;
  • relèvement et régénération sous une forme nouvelle.

Mais ce qui renaît n’est pas biologiquement Hiram. C’est, selon l’interprétation retenue, le principe de la maîtrise, la fidélité d’Hiram, la vérité provisoirement ensevelie ou l’être intérieur du candidat.

Le mythe d’Hiram n’est pas un récit de résurrection au sens propre, puisque le Maître assassiné demeure mort. Sa mise en œuvre rituelle constitue toutefois une palingénésie initiatique : identifié symboliquement à Hiram, le récipiendaire traverse la mort figurée de son ancien état avant d’être relevé et de renaître comme Maître. Une véritable opération alchimique.

Alain Mucchielli

Pour aller plus loin

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